Séquence cinéma 7 : Démontage de la charpente métallique de la salle vitrée (1972)

L’événement
Oui, on peut parler d’événement. Depuis 1898, le cloître de l’abbaye était recouvert d’une charpente métallique et d’une grande verrière. De tels types de construction étaient alors fréquents, l’ingénieur français Gustave Eiffel s’en était fait le spécialiste dans les années 1880. Que l’on pense à la tour Eiffel, élevée de 1887 à 1889.

Mais nous sommes en 1972. Le temps a passé et la « salle vitrée » – qui portait bien son nom – a perdu de sa superbe. Comme on peut le lire dans le Bulletin des Anciens de décembre 1973, « Au cours des dernières années, les plus jeunes ont pataugé dans l’eau qui se répandait jusque dans les couloirs de l’église, certains soirs d’orage. On avait beau procéder à de multiples réparations, rien à faire : après bientôt cent ans de bons et loyaux services, le vieux toit rendait l’âme. Il fallait, à nouveau, prendre une décision, moins audacieuse, sans doute, que la première : démolir et remplacer. »

Cette opération fut réalisée par les ouvriers du Séminaire et on ne sait s’il faut plus admirer leur audace ou déplorer l’inconscience de l’entreprise. On a rétrospectivement froid dans le dos quand on les voit évoluer à 10 ou 20 mètres du sol, sans harnais, sans crainte du danger pourtant très réel. Le rédacteur du Bulletin des Anciens pouvait bien écrire pudiquement : « Le personnel du Séminaire, sous la direction de M. Robert Gillain, entreprit, non sans une certaine hardiesse qui fit frémir bien des spectateurs, le démontage des 32 tonnes de la charpente métallique. » On reconnaît même un élève en train de casser les vitres, tout en haut de la verrière ! Je ne sais pas ce que penserait Philippe Rochus, « Monsieur-Sécurité » de l’école aujourd’hui (en 2015), en voyant ces exercices de haute voltige et l’absence totale des conditions de sécurité…

Fallait-il détruire la célèbre verrière ? C’est ce qu’il est dit dans le Bulletin des Anciens, le toit laissait passer l’eau par les vitres cassées et les élèves devaient parfois patauger dans l’eau. Pourtant, en d’autres endroits, certaines charpentes métalliques ont été conservées, avec leurs vitres, par exemple au Séminaire de Bastogne, où la « salle vitrée » a été très bien rénovée en 2007, pour le 200ème anniversaire de l’école. Le résultat est une réussite et c’est le même type de construction qu’à Floreffe.

Quoi qu’il en soit, la salle vitrée de chez nous n’a plus ses vitres mais elle garde son ancien nom, de même que la cour verte n’est plus la prairie où broutaient paisiblement des vaches dans les années 1920 et pourtant la vieille appellation, là aussi, a tenu bon.

Au fait… savez-vous que le « petit Séminaire » de Floreffe ne l’est plus que par le nom ? Il y a belle lurette (depuis 1967 exactement) que les philosophes ont quitté les lieux et que l’école ne forme plus à la prêtrise. À Bastogne non plus, d’ailleurs, mais l’école s’appelle aujourd’hui l’ « INDSé » – abréviation pour « Institut Notre-Dame Séminaire de Bastogne ». « Semen, seminis », la semence, la graine ; allez, gardons les traditions, elles ont du bon, et les graines de la science éclosent toujours dans les jardins suspendus de notre vénérable abbaye…

Le résumé
00.00 Dernière visite de la salle vitrée avant sa destruction. À l’intérieur…
00.57  … à l’extérieur.
01.24 Roger Rousseau (le menuisier) et un élève apportent des panneaux pour protéger le sol.
01.40 Premier travail : casser les vitres.
02.05 Mieux vaut ne pas avoir le vertige…
02.20 Robert Gillain, en cache-poussière. L’autre personne, portant un casque jaune, est Christian Wiame.
02.39 On s’attache comme on peut…
02.57 Oui, vous avez bien vu : c’est un élève, si haut perché.
Si vous le reconnaissez, merci de nous le faire savoir.
03.07 Roger Rousseau, le menuisier.
Les éléments métalliques tombent.
03.55 « Danger, … vous avez dit : « Danger » ? »
04.21 Même l’abbé Duchêne s’en mêle.
04.28 Pluie d’étincelles…
05.02 Timber !
05.08 Des élèves font contrepoids.
Robert Gillain, dans ses œuvres.
05.38 Seul, en haut : Robert Gillain.
06.04 « Ces chênes qu’on abat »… L’abbé Duchêne et le préfet (André Magonet) constatent que la salle vitrée est bien morte.

Nous avons sélectionné environ 7 minutes sur les 32 de la bobine originale.

Vous apprendrez d’autres renseignements sur l’ancienne salle vitrée en allant voir la photo n°13.

En guise de clin d’oeil, sachez qu’il n’y a pas que les Floreffois qui ne souffrent pas de vertige ! Sur la célèbre photo illustrant la construction des buildings à New-York, on voit des ouvriers mangeant tranquillement leur casse-croûte, assis sur une poutrelle métallique, à une hauteur… vertigineuse.
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Nul doute que Robert Gillain aurait pu faire de même !

7 réflexions au sujet de « Séquence cinéma 7 : Démontage de la charpente métallique de la salle vitrée (1972) »

    1. Merci, Jean-Luc !
      Pour voir l’entièreté du film, tu es toujours le bienvenu au Séminaire : le local-archives est situé à un bout du couloir des “vitrines des animaux empaillés” (local 24). Nous y travaillons le jeudi matin (on n’est pas encore empaillés…). Pour plus de sûreté, prends contact avec nous pour prendre rendez-vous.
      Tu pourras y voir le film entier ou, avec une clé usb, charger le film. Bien à toi. Jean Bodson

  1. Merci pour tout çà ! Je peux voir mon grand-père , Roger Rousseau , le menuisier..un jour, sa fille , Betty, ma maman ,est allé le rechercher à son travail et a rencontré mon papa , prof de math en Trimph rouge , Marcel Maquet … Et moi en tant qu’élève dans les années 90, je n’imaginais pas ce qu’était notre salle vitrée avant ! Merci….
    Kristelle Maquet

    1. Ton texte m’a fait plaisir, Kristelle. Je te comprends d’autant mieux que je connais ton papa, son arrivée au Séminaire en Triumph rouge (elle a fait fureur parmi les élèves, en 1965 ou à peu près !), ton grand-père Roger Rousseau : j’ai été élève entre 1963 et 1969. Souvenirs, souvenirs… et c’est encore plus beau quand ils sont teintés d’émotion, comme ici. Jean Bodson

  2. Sauf erreur, ce n’est pas un élève qui casse les vitres. Je pense qu’il s’agit de André (?) Allard, cousin de Christian Wiame alors plombier-zingueur au séminaire.
    Lors du démontage, tous les ouvriers d’entretien (Albert Boyard, Raymond Colassin, François Leboutte, Roger Rousseau et d’autres dont le nom m’échappe ont été mobilisés.
    Entre autres souvenirs, je me rappelle de l’évacuation des mitrailles, grâce à une vielle 2cv à (embrayage centrifuge !) récupérée à la casse Falque de Sart-St-Laurent pour 250 fb, et qui fut “aménagée” à coups de disqueuse pour en faire un plateau à moteur. Un plan incliné avait été construit sur les marches entre la salle vitrée et l’entrée de l’abbatiale pour permettre la passage de la 2cv vers l’extérieur.
    C’était effectivement une folle aventure…

  3. Merci pour ces précisions !
    NB : Dans les ouvriers d’entretien, ne s’agit-il pas plutôt d’Albert Bodart (et pas Boyard), électricien ?
    Vous paraissez très bien documenté. Êtes-vous un parent de Robert Gillain ? Un ancien élève qui a vécu le démontage de la charpente métallique ?

    1. Bonsoir Monsieur Bodson,

      Effectivement, il s’agit d’Albert Bodard (ou Bodart), pardon pour cette faute de frappe.
      Albert était ouvrier d’entretien, sans spécialisation particulière, selon moi. A noter que son épouse (dont le prénom m’échappe…) faisait partie elle aussi du personnel d’entretien et était plus particulièrement affectée au nettoyage du “nouveau bâtiment”, comme on disait alors.

      Pour ce qui concerne votre seconde question, je suis le fils de Robert Gillain.
      S’agissant de la période allant de 1969 à 1978, j’ai encore pas mal de souvenirs et anecdotes, mais principalement en dehors de la partie “enseignement”. S’il vous manquait l’une ou l’autre précision sur cette période, n’hésitez pas à me poser la question, il se pourrait que je sois en mesure de vous éclairer.

      Bien cordialement,

      Hubert Gillain

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